DOUBLE STUDY FOR "A CLOSER GRAND CANYON " 1998

Canyon Painting, en 1979, était le fruit d'expériences techniques et chromatiques, une sorte de palette transformée en tableau. Cette étude en deux parties du Closer Grand Canyon ressemble à un exercice du même type. Il semblerait que David Hockney y ai consigné l'inventaire de ses différentes formes d'écriture picturale. Lignes presque superposées pour les falaises lointaines, parallèles verticales pour les lignes de crête, réseaux erratiques pour les surfaces herbeuses, virgules appliquées aux buissons, points au pinceau épais pour suggérer les pierres. La graphie picturale de l'oeuvre, son parti pris linéaire, la complexité des formes qu'elle génère rattachent cette étude a la série des " Lithographies maison". Cette parenté, un tantinet outrée, permet de souligner, une fois de plus, la parfaite continuité de l'oeuvre de David Hockney.

Son acquisition d'une photocopieuse couleur en 1986 était liée au potentiel graphique qu'il avait décelé dans l'appareil. De fait, pendant six mois, il a produit une importante série d'oeuvres dont la particularité tient à leur singulière modernisation du collage cubiste. Les "Lithographies maison" sont le prétexte à un jeu matiériste. La photocopieuse restitue avec une fidélité confondante les effets de trame et de texture. Pour ses lithophotocopies, Hockney explore les solutions expérimentées à la fin des années soixante avec les décors du Rake's Progress.

Après la photocopieuse couleur, Hockney s'empare du fax. En octobre 1988, depuis sa maison de Malibu, il retranscrit graphiquement ses tableaux récents représentant la mer. Ce passage à la télécopie le conduit une fois de plus à élargir, à reconsidérer l'éventail des effets graphiques susceptibles de conserver à une image monochrome la richesse, la complexité d'une peinture colorée. Cette frénésie " télécopique " culmine en 1989 lorsqu'il réalise pour la Biennale de Sân Paulo une oeuvre monumentale expédiée par fax sur le lieu même de son exposition.

Sa peinture des années quatre-vingt-dix, quels que soient les sujets qu'elle aborde, est marquée par l'héritage de ces recherches graphiques. Entre-temps, Hockney a médité les leçons de la peinture du Picasso tardif. Au fil du temps, il s'est convaincu que la richesse de son écriture picturale est le gage certain de la plénitude d'une oeuvre.

D.O (David Hockney : espace/paysage, centre Georges Pompidou )