MONT FUJI AND FLOWERS1972

David Hockney découvre le Tapon en novembre 1971. Le pays n'offre à ses yeux aucune des merveilles de délicatesse et de précision qu'il en espérait. Les plus beaux temples ne sont que semblables aux images qu'en diffusent les guides et les dépliants. Tout au plus s'étonne-t-il de la modernité de l'art japonais le plus ancestral, qu'il découvre dans une exposition de peintres " contemporains " adeptes des sujets et techniques anciens. Les moyens adoptés par les peintres orientaux pour suggérer le "mouillé "des paysages après la pluie offrent d'étranges similitudes avec les techniques des artistes de l'avant-garde formaliste. Le détournement figuratif des techniques et motifs de la peinture abstraite est précisément alors au coeur des recherches de Hockney. Rubber Ring Floating in a Swimming Pool, peint en 1971 d'après la photographie d'une bouée flottant sur l'eau d'une piscine, pousse à la limite cette recherche d'un point de basculement de l'art abstrait le plus rigoureux dans le figuratif. La technique à laquelle recourt Hockney dans cette oeuvre est une fois encore celle de la peinture " teinte ", telle que l'utilisent les artistes du formalisme contemporain. Cette technique est également utilisée dans Beach Ombrella [Parasol de plage], de 1971, pour suggérer la toile colorée d'un parasol replié.

Les deux toiles que peint Hockney en 1972 en souvenir de son voyage au Tapon, Mont Fuji et Japanese Rain on a Canvas Pluie japonaise sur une toile], recourent elles aussi à la stained color de Kenneth Noland ou de Helen Frankenthaler. Mont Fuji... est la combinaison de deux sources iconographiques une carte postale du célèbre volcan, une photographie empruntée à un manuel de l'art floral japonais (Ikebana). La fascination propre à la peinture du Mont Fuji (qui place l'oeuvre au sommet du hit-parade des ventes de posters) tient pour une bonne part à sa technique de réalisation. Sa séduction est optique autant que visuelle. Comme la Beach Ombrella et le Rubber Ring Floating in a Swimming Pool, le tableau joue du décrochement visuel du motif principal sur le fond où il apparaît. Dans son autobiographie David Hockney by David Hockney, Hockney commente la réalisation du parasol, figuré sur la toile écrue par une peinture liquide, alors que le sable qui l'entoure est peint d'une couche plus épaisse, posée sur un apprêt gesso. Une semblable sous-couche permet à la bouée flottant sur l'eau d'une piscine de se détacher sur son fond aussi iconographiquement que littéralement aqueux. Les fleurs, qui apparaissent à l'avant-plan d'un Mont Fuji évoqué par le plus léger des lavis, sont dotées d'une semblable netteté. Dans ce contraste de leur précision, sur le fond d'un paysage improbable et lointain, réside une bonne part de la séduction propre au Mont Fuji.

D.O (David Hockney : espace/paysage, centre Georges Pompidou )